23/02/2011

Les restos du cœur : comment prolonger la logique?

 

Il est assez courant que des entrepreneurs et des groupes industriels se lancent dans une philanthropie à l’attention des plus démunis dans notre pays. L’impulsion de Coluche, la reprise de l’idée par sa femme et ses proches et l’immense masse de bénévoles… Face à la crise actuelle, il est logique donc de voir des liens se resserrer vis-à-vis de « ceux qui n’ont plus rien ». Pourtant, il y a des axes nouveaux à exploiter, en ligne directe de l’esprit des « restos ». En quelques lignes en voici le principe.

Vous avez tous été sur les trottoirs de Paris ou de villes plus petites en Province. Vous avez tous croisé des boulangeries bien garnies. Et puis, le soir, à la tombée de la nuit avant que les bennes n’emportent tout sur leur passage, vous avez aperçu ces pains invendus, ces brioches, ces pains au raisin. Crève cœur pour les vrais artisans qui voient le gâchis, mais sans idéaliser vous avez pu voir aussi des gens chasser les « pauvres » de leur cueillette dans les poubelles, il y a évidemment l’extrême à savoir ceux qui jettent quelques jets d’eau de javel sur leur « déchets en parfait état ». On a tous vu ces non sens, ces improbables accumulés un peu partout.

 Qu’en est-il de la chaine des « restos » par rapport à ce gâchis. Discutant avec « Glen », ami d’origine africaine, il me lança qu’au pays « il n’est pas décent de jeter la nourriture ». En plus, me disait-il, le pain est un symbole, hors du temps et qui touche autant le laïque, que le catho ou le juif. Le pain est un travail, un fruit, une représentation du partage et là on le jette…  Continuant mes bavardages avec « Patrice » très impliqué dans les aspects climatiques de notre monde, il avouait aussi cette symbolique qu’on maltraite et cette impossibilité de comprendre ces propensions à « jeter » dans l’indifférence. Aussi posant la question d’une utilisation de pain invendu, j’ai vu une vieille dame qui du haut de ces 80 printemps avouait son choc face à ces irresponsabilités, « pendant la guerre, on a vécu le rationnement, on vendait ce qu’on appelait le pain du lendemain » et dans les yeux de cette femme si respectée on pouvait voir une rancune contre autant de bêtise.

Avec Dominique, discutant plus longuement avec lui, ancien actif avec sa femme au sein des « restos », j’ai eu un échange sur le lequel je vais m’appesantir. En effet, il convient qu’il y a quelques choses à faire sur ce pain invendu. Evoquant avec lui les solutions, je lui proposais une collecte de ce pain auprès des boulangeries en vu de le transformer en alimentation animale. Après tout, à la campagne, le pain de 7 jours finis toujours au poulailler et constitue un aliment de bonne composition. Aussi, pourquoi ne pas proposer un circuit du recyclage du pain. A la clef des emplois et une éthique de la consommation. Et même un bilan énergétique utile… car ce pain a vu l’accumulation de procédés physiques, mécaniques et humains… pourquoi ne pas donc le transformer… cela vaut mieux que les « farines animales » qui ont maltraité l’élevage bovin et ovin au début des années 90. Dominique dans l’échange eu l’œil qui brilla… une autre idée venait de lui traverser l’esprit. Cet ancien des restos maintenant grand-père et retraité se mit à rêver tout haut. Pourquoi ne pas créer en plus une collecte et une forme de distribution en deux points de la région parisienne… après tout, ce serait consommable et très symbolique… la discussion pris deux heures de temps. Là nous avons échafaudé l’esprit de ces collectes… tri du consommable, tri du transformable… une vrai micro entreprise à déployer en Ile de France… pourquoi pas… voilà, l’esprit des restos c’est un peu Dominique et c’est aussi Patrice et tous ces anonymes qui voient une symbolique du pain et s’affligent de ces pertes sèches.

Et vous ? Ce soir ou dans la semaine, que penserez vous ? Je parie que des industriels se diront que l’idée est bonne, certes la récupération est minime par rapport aux pertes générales mais voilà, l’esprit des restos c’est aussi travailler les « symboles ». Le pain nous touche tous…

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