28/01/2012
Curieux destin de femme
Je la croise souvent. Elle paraît soixante ans. Un corps mince et fin. Un visage marqué et ridé… il suffirait de peu pour qu’elle paraisse dix ou quinze ans de moins. Une coiffure grisonnante avec une queue de cheval. Elle est là avec un ou deux sacs plastiques solides. Un manteau assez court, des chaussures usées… un regard bleu.
Je l’ai remarqué à plusieurs reprises. Une fois elle squattait un siège d’un café dans une galerie marchande. Jusqu’à ce que des vigiles, aussi stupides qu’incompétents, viennent la déloger… circuler, il n’y a rien à acheter ici dans ce centre commercial… le client doit être dans une ambiance d’achat et non pas se heurter à la réalité…
Je l’ai encore repérée. Cette fois-là c’était sous la pluie. Accroupie ou recroquevillée… avec ses sacs… un regard fixe sur le sol… une détresse qui touche… elle était toujours là quelques heures plus tard… même positions, sans broncher… des milliers de personnes avaient du se bousculer à côté d’elle… personne n’est allé voir… personne n’est allé tendre une main… rien, pas un signe…
Encore plus tard, c’était avec un froid pénétrant. Ce terme à tout son sens… je ne sais pas si vous êtes déjà resté plusieurs jours exposé au froid avec des vêtements de ville. Mais dès quelques heures écoulées, les jambes deviennent dures… le corps n’arrive plus à se réchauffer. Le visage se craquelle et on marche éperdument pour réchauffer les muscles. Lorsqu’on s’arrête, le froid envahit et bloque un peu tout. Les muscles saisis ne répondent plus… Au bout de 3 jours, le froid fait peur mais le corps capitule et se laisse à la merci des frimas... Sauf que ce matin là, il faisait très froid et cette femme est restée ainsi plusieurs heures. Elle est toujours là. On sent cette tristesse en elle. Ce manque de lien humain. Il y a aussi la résignation qu’on touche du doigt. Elle est toujours là… fixe et fidèle à ce coin de centre commercial. Elle se fait discrète, toujours plus. Les lourds de la sécurité pourraient la chasser et l’exposer à des rapacités plus sordides… aussi, elle ne fait pas de vague…
Dans ce quartier de Paris, cette femme semble finir sa vie dans ce recoin de centre. Elle passe là ses journées à lutter contre le chaud, le froid, la solitude… je l’ai vu encore ce soir. Toujours là, toujours dans cette attitude forte qui consiste à ne plus voir le passage des gens… ces milliers de personnes qui vont faire leur course ou qui viennent bosser. Aucun ne réagit. Pourtant il suffirait de peu. Une mise en confiance, un job pas trop exigeant au début…
Et vous, quelqu’un à côté de chez vous ? Avec la même résignation de mort ? le même fatalisme ? la meme détresse?
Et vous, qu’allez-vous faire ? Je ne parle pas aux présidentiables, mais plutôt à ceux qui peuvent agir… c’est vous, moi, nous… Alors on fait quoi ?
22:04 Publié dans Helene Loublier, La Musique et les Arts de Paris, yannick comenge | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
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